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Les seniors face au marché de l'emploi : entre méfiance des recruteurs et valeur méconnue
À 45 ans, trop vieux pour travailler ? C'est le paradoxe cruel que révèle une enquête OpinionWay pour Indeed publiée le 24 février 2026 : les recruteurs reconnaissent massivement la valeur des seniors, mais continuent de les percevoir comme un fardeau plutôt qu'une chance.
Un constat alarmant
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. 54% des recruteurs estiment que les salariés de 45 ans et plus représentent davantage de contraintes qu'opportunités pour leur entreprise, et 77% expriment au moins une crainte lorsqu'il s'agit de les recruter ou de les maintenir en poste. Les peurs invoquées : hausse des coûts (38%), difficultés à les faire évoluer (32%), manque de flexibilité (25%) et tensions internes (21%). Et le verdict tombe aussi sur la question salariale : 78% des recruteurs jugent ces profils "trop chers".
Du côté des seniors eux-mêmes, près d'un sur deux (47%) considère que l'âge est un blocage pour sa carrière, que ce soit en raison de leur âge lui-même (40%) ou des perceptions qui en découlent (17%).
Un paradoxe insupportable
Ce qui interpelle, c'est la contradiction flagrante entre cette méfiance et l'appréciation réelle des profils seniors : 95% des recruteurs reconnaissent que les 45 ans et plus disposent d'une expérience directement utile à la performance de l'entreprise, 93% saluent leur rôle dans la transmission des compétences, et 92% estiment qu'ils apportent une valeur ajoutée indispensable. Des professionnels reconnus comme précieux sur le fond… mais écartés sur la forme au nom du court terme.
Cette enquête confirme des tendances lourdes : selon le 17e Baromètre du Défenseur des droits (décembre 2024), l'âge est le premier facteur de discrimination à l'embauche en France, et un candidat de 48-50 ans reçoit trois fois moins de réponses positives qu'un candidat de 28-30 ans.
Ce que dit la loi – et ce qu'elle ne règle pas
La France dispose d'un cadre légal : l'article L.1132-1 du Code du travail interdit la discrimination par l'âge, et la loi d'octobre 2025 a introduit de nouvelles mesures pour favoriser l'emploi des seniors. Des aides financières existent (jusqu'à 8 000 € pour l'embauche d'un demandeur d'emploi de plus de 55 ans, CDD senior de 36 mois…), mais leur application reste inégale et les discriminations perdurent.
Le vrai changement supposera une évolution profonde des mentalités RH et une vision à long terme qui traite l'expérience comme un capital stratégique — pas comme un coût. Dans un contexte de vieillissement démographique, la France ne peut pas se permettre de gâcher cette ressource. Les seniors ne demandent pas de faveurs : ils demandent à être jugés sur leurs compétences, pas sur leur date de naissance.
Assurance chômage : comment limiter et récupérer les trop-perçus ?
1,274 milliard d'euros. C'est le montant des trop-perçus constatés en 2025 dans le régime d'assurance chômage, selon l'Unédic. Ce chiffre, révélé en marge des négociations sur l'assurance chômage du 25 février 2026, relance un débat ancien sur la fiabilité du versement des allocations et les moyens de récupérer ces sommes indûment versées.
Un problème structurel chiffré
En 2025, plus de 2,2 millions de trop-perçus ont été recensés, représentant encore plus de 3% des dépenses d'allocation. Ces indus résultent principalement de déclarations inexactes ou d'omissions des allocataires (990 M€), mais aussi d'erreurs des services de France Travail (150 M€) ou d'informations erronées transmises par des organismes extérieurs (134 M€).
Actuellement, 68% des créances sont récupérées à horizon quatre ans : 56% via des remboursements volontaires (prélèvement bancaire, retenue sur allocations), et 12% par voie contrainte (contentieux). Les 32% restants ne sont pas recouvrés — faute de rentabilité pour les petits montants, remise de dette accordée, ou simplement absence de recouvrement effectif.
Les pistes à l'étude
Dans leur projet d'avenant transmis le 23 février, les organisations patronales réclament une « sécurisation du versement de l'allocation et une amélioration de la récupération des indus ». Plusieurs mesures techniques sont sur la table, éclairées par les services de l'Unédic :
Généraliser le paiement provisoire par avance : chaque allocation versée serait qualifiée d'avance, régularisée automatiquement dès réception des données certifiées. Selon les simulations de France Travail, cela porterait le taux de recouvrement à 86,8%, soit un gain de 208 M€ par an.
Décaler la date d'actualisation ou de paiement : ouvrir l'actualisation cinq jours après la fin du mois réduirait les trop-perçus de plus de 10% ; un délai de six jours entre actualisation et paiement abaisserait leur montant de 11%.
Élargir la quotité saisissable : intégrer les revenus d'activité dans l'assiette de calcul permettrait de récupérer davantage sur les allocations des personnes en activité partielle — sans nécessiter de modification législative.
Réduire le délai de contestation : actuellement fixé à 60 jours, ce délai pourrait être raccourci, ou complété par un « droit de rectification » de 20 jours inspiré des prestations familiales, pour accélérer le recouvrement.
Des freins juridiques et humains
Toutes ces pistes ne sont pas sans risques. La généralisation du paiement par avance, par exemple, nécessiterait une évolution législative et présente, selon l'Unédic, « un risque de censure au regard des principes constitutionnels du droit à recours effectif et de protection des moyens d'existence ». Elle impliquerait aussi le redéploiement de 500 équivalents temps plein actuellement mobilisés sur la gestion des indus.
La délégation patronale et l'Unédic s'accordent pour qu'un groupe de travail soit constitué entre l'Unédic, France Travail et l'État, avec pour objectif un plan d'action opérationnel d'ici fin juin 2026.

Formation professionnelle : vers un durcissement des contrôles et une sécurisation accrue de l’apprentissage
À l’occasion de l’examen du projet de loi relatif à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales, Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, et Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur, ont annoncé un renforcement significatif de la régulation du secteur de la formation professionnelle, avec un focus particulier sur l’apprentissage.
Pour les entreprises et les CFA partenaires, ces annonces marquent une nouvelle étape dans la sécurisation du système.
Un contrôle renforcé du CPF et de l’apprentissage
Une circulaire 2026–2027 sera adressée aux services de contrôle afin de concentrer les vérifications sur :
- le Compte personnel de formation (CPF),
- les centres de formation d’apprentis (CFA),
- l’application renforcée de la loi Cazenave sur la fraude aux aides publiques.
Enjeu pour les entreprises :
- sécuriser les partenariats avec les organismes de formation ;
- vérifier la conformité administrative et pédagogique des CFA ;
- anticiper d’éventuels contrôles renforcés sur les contrats d’apprentissage.
Défaillance de CFA : continuité des parcours sécurisée
Les ministères du Travail, de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur mettent en place une cellule nationale de gestion de crise en cas de défaillance d’un CFA.
Objectifs :
- accompagner les apprentis et leurs employeurs ;
- organiser la réorientation vers d’autres organismes ;
- centraliser l’information pour anticiper les fragilités économiques.
Point d’attention pour les employeurs :
- suivre la solidité financière et la gouvernance des CFA partenaires ;
- sécuriser les conventions et prévoir des solutions de repli en cas de rupture d’activité ;
- mobiliser rapidement les services de l’État via l’adresse dédiée en cas de difficulté.
Sanctions élargies et nouveaux pouvoirs d’enquête
Le projet de loi prévoit :
- des sanctions renforcées contre les dérives (détournement de la finalité professionnelle, pratiques sectaires, exercice illégal d’activités réglementées) ;
- la possibilité de refuser l’ouverture de CFA sans locaux adaptés ;
- des amendes administratives et des pouvoirs d’enquête étendus (identité d’emprunt).
Message politique clair : passage d’une logique de développement quantitatif à une logique de régulation qualitative et de responsabilité accrue des acteurs.
- Régulation de l’enseignement supérieur privé : impacts à anticiper
- Le ministère de l’Enseignement supérieur annonce également :
- un futur projet de loi encadrant davantage l’enseignement supérieur privé ;
- de nouvelles exigences pour être présent sur Parcoursup ;
- une réforme à venir de la certification Qualiopi pour renforcer les critères de qualité pédagogique.
Conséquences potentielles pour les entreprises :
- évolution du paysage des écoles et organismes partenaires ;
- reconfiguration de certaines offres de formation en alternance ;
- montée en exigences sur la qualité pédagogique et l’ingénierie de formation.
Lecture stratégique :
Ces annonces traduisent :
- une volonté de restaurer la confiance dans le système d’apprentissage ;
- une sécurisation accrue des fonds publics ;
- un renforcement des exigences de qualité.
Pour les entreprises engagées dans l’alternance, l’enjeu est double :
- Sécuriser leurs partenariats ;
- Contribuer activement à une montée en qualité du système, condition de pérennité du modèle.

Arc International : des élus se mobilisent pour protéger les salariés
Face au risque de 800 suppressions de postes chez le verrier Arc, plusieurs élus des Hauts-de-France ont interpellé directement Emmanuel Macron pour qu'il intervienne et évite des licenciements secs aux conséquences humaines et territoriales jugées « dévastatrices »
Un territoire sous pression
Dans un courrier daté du 18 février 2026, Xavier Bertrand (président de la région Hauts-de-France), Jean-Claude Leroy (président du département du Pas-de-Calais), Benoît Roussel (maire d'Arques) et d'autres élus locaux tirent la sonnette d'alarme. L'unique offre de reprise du groupe Arc, en difficulté, prévoit la suppression de 800 postes. Si elle « peut apparaître comme une solution de continuité », ses conséquences pour les salariés et un bassin d'emploi déjà fragilisé seraient « profondes et durables », avertissent-ils.
Le ministère du Travail aux abonnés absents ?
Les élus ne cachent pas leur frustration : les mesures qu'ils préconisent pour éviter les licenciements secs — dispositifs d'accompagnement des départs volontaires, mesures de préretraite — n'ont pas été « accueillies favorablement par le ministère du Travail » à ce stade. Ils réclament désormais « avec insistance » des réponses précises et opérationnelles de la part de l'État pour atténuer l'impact d'une restructuration qu'ils reconnaissent eux-mêmes comme « inéluctable ».
Un symbole industriel en péril
Arc International, fleuron verrier installé à Arques dans le Pas-de-Calais depuis plus d'un siècle, est l'un des premiers employeurs du territoire. Sa restructuration dépasse le simple cadre économique : c'est toute une filière locale, des familles et un tissu social qui sont en jeu. L'urgence exprimée par les élus reflète une réalité simple — dans des zones déjà marquées par le chômage et la désindustrialisation, chaque poste perdu pèse bien au-delà d'une ligne comptable.