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[ENTRETIEN STRUCTURE] Passer d’un recrutement “au feeling” à un choix argumenté et cohérent

Vendredi 20 mars au MEDEF Somme : L'apport de la psychologie au service de vos entretiens avec Rodolphe CHAPON

[ENTRETIEN STRUCTURE] Passer d’un recrutement “au feeling” à un choix argumenté et cohérent

Recrutement : sortir du “feeling” pour construire des décisions fiables et prédictives

Pendant longtemps, recruter “au feeling” a semblé naturel. Une impression, une bonne alchimie, une intuition… et la décision est prise.
Pourtant, les chiffres rappellent une réalité plus nuancée :

  • Un recrutement sur deux basé uniquement sur l’intuition échoue
  • 1 recrutement sur 3 est jugé décevant après 12 mois
  • 20 à 30 % des nouvelles recrues quittent l’entreprise dès la première année
  • Une erreur de recrutement peut coûter jusqu’à 30 % du salaire annuel

Derrière ces constats, une question centrale : pourquoi continue-t-on à recruter de manière intuitive ?

Le poids (trompeur) de l’intuition

Le recours au “feeling” repose sur plusieurs mécanismes psychologiques :

  • Il donne l’impression de bien “lire” les personnes
  • Il valorise l’expérience du recruteur ou du manager
  • Il permet de décider rapidement
  • Il rend la décision plus confortable sur le plan émotionnel

On distingue d’ailleurs deux formes d’intuition :

  • L’intuition experte, issue de l’expérience
  • L’intuition sociale, basée sur les interactions

Mais dans les faits, ces jugements rapides sont fortement influencés par des biais cognitifs bien connus :

  • Effet de halo
  • Biais de similarité
  • Biais de confirmation
  • Biais d’ancrage

Résultat : des décisions parfois rapides… mais pas toujours justes.

Personnalité vs comportement : une distinction clé

Un autre piège fréquent consiste à confondre personnalité et comportement.

Un individu n’agit jamais de manière isolée : son comportement dépend fortement du contexte, de l’environnement, du niveau d’exigence ou encore du cadre managérial.

Trois dimensions doivent être équilibrées pour favoriser la réussite :

  • Le soutien
  • L’exigence
  • L’éducation (ou accompagnement)

Ce n’est donc pas “qui est la personne ?” qui compte le plus, mais “comment agit-elle dans un contexte donné ?”

Le mythe du CV prédictif

Le CV reste un outil central… mais il est souvent surévalué.

Parcours académique, expériences professionnelles, réseau, capital culturel :
tout cela reflète surtout une conformité passée, pas une performance future.

Autrement dit, un bon CV ne garantit pas la réussite dans votre environnement spécifique.

Avant l’entretien : poser les bases d’un recrutement structuré

Un recrutement efficace commence bien avant la rencontre avec le candidat.

La première étape consiste à :

  • Définir une fiche de poste précise, adaptée à votre entreprise
  • Identifier les compétences réellement clés
  • Clarifier les critères de réussite

Cette base permet ensuite de construire un guide d’entretien structuré, indispensable pour objectiver l’évaluation.

Pendant l’entretien : objectiver l’échange

Un entretien n’est pas une discussion informelle.
C’est une évaluation structurée.

1. Les questions comportementales (méthode STAR)

Elles consistent à demander au candidat de décrire des situations concrètes vécues :

  • Situation
  • Tâche
  • Action
  • Résultat

Objectif : analyser des comportements réels plutôt que des intentions.

2. Les questions situationnelles

Elles projettent le candidat dans des cas concrets liés au poste :

“Comment réagiriez-vous si… ?”

Elles permettent d’évaluer la capacité d’adaptation et de prise de décision.

3. Les données chiffrées

Lorsque c’est possible, il est pertinent d’interroger le candidat sur :

  • Ses résultats passés
  • Ses objectifs
  • Ses indicateurs de performance

L’idée est simple : réduire la part de subjectivité et limiter les déclarations approximatives.

Structurer l’entretien pour plus d’efficacité

Un entretien bien cadré :

  • Met le candidat en confiance
  • Clarifie les attentes
  • Améliore la qualité des réponses

Il n’existe pas de modèle unique, mais une règle essentielle :
standardiser le cadre pour comparer objectivement les candidats.

Autre bonne pratique :

  • Faire passer les entretiens à deux pour limiter les biais
  • Proposer un dossier de candidature en amont pour une première évaluation

La question clé : qu’est-ce qui fait réellement la réussite ?

Avant toute décision, une question doit guider le recruteur :

Qu’est-ce qui fait concrètement la réussite dans ce poste ?

Les critères doivent être :

  • Mesurables
  • Prédictifs
  • Actionnables

Et surtout traduits en :
comportements observables

Vers un recrutement plus fiable : les 4 étapes clés

Pour passer d’un recrutement “au feeling” à une démarche structurée :

  1. Définir les critères de réussite du poste
  2. Construire un modèle prédictif adapté à votre entreprise
  3. Mettre en place une évaluation structurée
  4. Formaliser une synthèse et un feedback

En conclusion

Le recrutement ne peut plus reposer uniquement sur l’intuition.
Dans un contexte où chaque erreur a un coût humain et financier, il devient essentiel de professionnaliser ses pratiques.

Recruter, ce n’est pas deviner.
C’est observer, structurer… et décider sur des bases solides.

Retrouvez la présentation complète ici