La Revue de Presse
Vendredi 19 JuinACTUALITES ENTREPRISES
« J’essaie de sauver la boîte »
L’entreprise Nollet SAS, spécialisée dans la charpente et implantée à Poix-de-Picardie depuis 1979, traverse une période particulièrement difficile. Placée en redressement judiciaire le 20 mars 2026, cette société familiale créée par Christian Nollet est aujourd’hui dirigée par son fils, Gaylord Nollet, qui en a repris les rênes en 2022. Quatre ans après cette transmission, le dirigeant de 40 ans fait face au plus grand défi de sa carrière : sauver une entreprise considérée comme une institution locale. L’entreprise emploie actuellement quatorze salariés, mais quatre d’entre eux sont en arrêt de travail. Cette situation a contraint la société à refuser certains chantiers, aggravant ses difficultés financières. L’effectif comprend également deux alternants et deux intérimaires. Pour expliquer cette crise, Gaylord Nollet évoque plusieurs facteurs : la conjoncture économique, le poids des charges et les conséquences du redressement judiciaire lui-même. Selon lui, cette procédure suscite la méfiance des clients potentiels, qui hésitent à signer de nouveaux contrats, créant ainsi un cercle vicieux. La période d’observation du redressement judiciaire doit durer six mois, jusqu’à la mi-septembre 2026. Durant cette phase, un mandataire judiciaire accompagne l’entreprise dans la gestion des impayés, le recouvrement des créances et l’analyse de sa situation économique et sociale afin de restaurer sa solvabilité. Gaylord Nollet affirme chercher activement des solutions pour redresser la société, tout en gérant une seconde entreprise créée en 2025. Le chef d’entreprise souligne également l’évolution du marché de la construction. Autrefois, Nollet SAS réalisait principalement des charpentes pour des maisons individuelles, avec près de 300 pavillons produits chaque année. Mais le secteur s’est fortement contracté depuis la crise du Covid-19. Certains grands constructeurs sont passés de plusieurs milliers de pavillons annuels à seulement quelques centaines, ce qui a directement affecté l’activité de ses sous-traitants. Par ailleurs, Gaylord Nollet dénonce la concurrence des autoentrepreneurs et l’évolution des priorités des Français, davantage tournés vers les loisirs que vers les projets immobiliers. Il se montre aussi sceptique face au récent décret limitant la durée des arrêts de travail, estimant que cette mesure n’aura qu’un impact limité. Éprouvé par la situation, il confie avoir dû retourner lui-même à l’atelier pour soutenir l’activité et tenter de préserver l’avenir de l’entreprise. (Article du 18/06/2026 – Courrier Picard)
SANTE
Des médecins étrangers « indispensables » en Picardie
Au centre hospitalier de Saint-Quentin, la présence des médecins étrangers est devenue essentielle au fonctionnement des services. Le docteur Reda Garidi, chef du service de cancérologie, enseignant à l’Université de Picardie Jules Verne et président de la Commission médicale d’établissement (CME), ainsi que le docteur Nadia Sari, hématologue d’origine algérienne, témoignent de cette réalité. L’hôpital compte plus de 300 médecins, dont 37 praticiens à diplôme hors Union européenne (Padhu) et 38 stagiaires associés faisant fonction d’internes (FFI). Au total, 75 médecins étrangers exercent dans l’établissement, soit près d’un quart des effectifs médicaux. Selon le docteur Garidi, ces professionnels sont indispensables pour assurer l’activité des services, les gardes, les astreintes et la continuité des soins. La majorité d’entre eux viennent du Maghreb, notamment d’Algérie, du Maroc et de Tunisie. Cette situation s’explique par le manque d’attractivité médicale de la région, particulièrement dans l’Aisne. Face aux difficultés de recrutement, les médecins étrangers représentent une ressource essentielle. Le docteur Garidi estime toutefois que leur intégration pourrait être facilitée grâce à un assouplissement des procédures de titularisation. Il souhaite que l’expérience acquise en France soit davantage prise en compte et que les compétences soient évaluées par des pairs, notamment dans les spécialités en tension. Le parcours du docteur Nadia Sari illustre les obstacles rencontrés par ces praticiens. Après huit années d’exercice dans un hôpital public en Algérie, où elle occupait un poste équivalent à celui de chef de clinique, elle a réussi le concours national permettant d’exercer en France. Bien qu’elle ait pu choisir un centre hospitalier universitaire, elle a préféré rejoindre Saint-Quentin pour travailler avec le docteur Garidi, reconnu dans son domaine. Cependant, son intégration reste complexe. Mère de deux enfants, elle doit faire face à de lourdes démarches administratives liées à son installation et à son évolution professionnelle. Malgré des responsabilités comparables à celles d’un praticien hospitalier, elle perçoit environ 2 400 euros nets par mois et doit financer elle-même certaines formations. Entre une charge de travail importante, les contraintes familiales et l’incertitude de son parcours administratif, elle décrit une situation exigeante, parfois décourageante, malgré son engagement auprès des patients. (Article du 15/06/2026 – Courrier Picard)
ECONOMIE
Réussites, promesses et échecs de la réindustrialisation
La Picardie, longtemps marquée par le déclin industriel et la fermeture de grandes usines comme Continental à Clairoix ou Goodyear Amiens Nord, connaît aujourd’hui une phase de réindustrialisation. Soutenue par des investissements publics et privés, cette dynamique se traduit par des modernisations d’usines existantes, l’arrivée de nouvelles entreprises et la création de nombreux emplois, même si certains échecs industriels continuent de marquer la région. Parmi les réussites, l’usine Goodyear d’Amiens illustre le renouveau industriel. Entre 2022 et 2028, elle bénéficie de 170 millions d’euros d’investissements, dont 45 millions apportés par l’État, afin de moderniser sa production et renforcer sa compétitivité. Cette transformation doit permettre la création de 120 emplois. Autre exemple, Eurolysine à Amiens, seule usine européenne produisant certains acides aminés destinés à l’alimentation animale. Reprise en 2024 par le groupe Avril et Bpifrance, elle a été sauvée grâce à d’importants investissements qui assurent la pérennité de ses 300 emplois et la création d’une cinquantaine de postes supplémentaires. La région attire également de nouvelles implantations industrielles. Amazon a ouvert plusieurs sites à Boves, Senlis et Beauvais, représentant environ 2 500 emplois directs. Dans le secteur innovant des protéines d’insectes, Innovafeed s’est imposée à Nesle comme un acteur mondial majeur, malgré des ajustements d’effectifs récents. D’autres projets contribuent à la diversification économique régionale : Aluminium Foundry France à Ham produit de l’aluminium recyclé bas carbone, Ecofrost investit dans la fabrication de frites surgelées à Péronne, tandis que Chanel développe une nouvelle usine de parfums à Venette. Le luxe, l’économie circulaire et les énergies renouvelables participent ainsi au renouveau industriel picard. Cependant, cette réindustrialisation ne fait pas oublier plusieurs échecs retentissants. La fermeture de Goodyear Amiens Nord en 2014 a entraîné la perte de plus de 1 100 emplois. Celle de Whirlpool à Amiens en 2017 a également laissé un important vide économique malgré plusieurs tentatives de reprise. Plus récemment, la faillite d’Ynsect à Poulainville constitue un revers majeur. Malgré plus de 600 millions d’euros levés et une usine ultramoderne, l’entreprise n’a jamais atteint la production industrielle. Ainsi, la Picardie apparaît aujourd’hui comme un territoire en reconversion, partagé entre succès industriels prometteurs et héritage de fermetures qui continuent de peser sur son économie. (Article du 15/06/2026 – Courrier Picard)
ENERGIE
Les vitres productrices d’électricité de Crystal Energy commercialisées en 2030
Crystal Energy, une start-up basée à Amiens et issue du CNRS ainsi que de l’Université de Picardie Jules Verne (UPJV), développe une innovation qui pourrait transformer la manière dont les bâtiments et certains objets électroniques produisent de l’énergie. Fondée en 2024, l’entreprise s’appuie sur plus de dix années de recherches menées au sein du Laboratoire de Réactivité et de Chimie des Solides (LRCS), spécialisé dans les matériaux destinés au stockage et à la conversion de l’énergie. Son innovation repose sur des vitres capables de produire de l’électricité à partir de l’énergie solaire tout en conservant les caractéristiques d’un vitrage classique. Contrairement aux panneaux photovoltaïques traditionnels, ces vitres restent totalement transparentes, incolores et préservent leurs performances thermiques et acoustiques. Selon Frédéric Sauvage, cofondateur et directeur technique et scientifique de l’entreprise, l’intérêt majeur de cette technologie est de combiner production d’énergie et confort d’usage sans modifier l’apparence des bâtiments. Crystal Energy cible principalement deux marchés. Le premier concerne le secteur du bâtiment, notamment les constructions situées dans des zones protégées ou classées au titre des Bâtiments de France. Dans ces cas, l’installation de panneaux solaires ou de certains types de vitrages est souvent interdite pour des raisons esthétiques. Les vitres électrogènes pourraient alors offrir une solution discrète et compatible avec les contraintes patrimoniales. Des bâtiments historiques, des musées ou encore des immeubles tertiaires pourraient également être concernés. Le second marché visé est celui des objets électroniques grand public, comme les smartphones ou les montres connectées. L’intégration de cette technologie dans leurs surfaces vitrées pourrait contribuer à prolonger l’autonomie de leurs batteries grâce à une production d’énergie continue. Cependant, plusieurs étapes restent à franchir avant une commercialisation. L’entreprise doit encore démontrer les performances thermiques de ses vitrages afin d’obtenir les certifications nécessaires pour le secteur du bâtiment et valider sa capacité à produire à plus grande échelle. Après une première levée de fonds de 1,2 million d’euros, réalisée avec le soutien d’investisseurs privés et d’organismes publics, Crystal Energy prépare une nouvelle opération financière de 4 millions d’euros. Cet apport doit permettre d’accélérer le développement industriel de la technologie, avec un objectif de mise sur le marché fixé à l’horizon 2029. (Article du 15/06/2026 – Courrier Picard)
LE CHIFFRE DE LA SEMAINE
15 000 hectares d’espaces naturels utilisés dans la région en neuf années
Le chiffre de la semaine. Les Hauts-de-France sont la deuxième région la plus consommatrice de zones naturelles de France en province pour l’activité économique, selon l’Insee régional. L’activité économique dans les Hauts-de-France est-elle consommatrice de surfaces ? Selon l’Insee Hauts-de-France, la réponse est affirmative et classe la région à la deuxième place en matière de surface conquise pour l’activité économique. La Picardie moins consommatrice que le Nord «Dans les Hauts-de-France, 15 000 hectares d’espaces naturels, agricoles et forestiers ont été consommés entre 2012 et 2021. Un tiers l’a été pour l’activité économique, ce qui représente 0,16 % de la surface de la région. Ainsi, les Hauts-de-France sont la région la plus consommatrice de France de province pour l’activité économique, alors même que l’emploi y progresse moins rapidement », a recensé l’organisme public. «En matière de consommation d’espace pour l’habitat, la région des Hauts-de-France se rapproche de la moyenne de France de province, malgré une faible dynamique démographique. À l’intérieur de la région, les fortes consommations d’espace par l’activité économique concernent souvent les mêmes zones géographiques que pour l’habitat. C’est notamment le cas du bassin minier et de la Métropole de Lille », indique l’Insee. Les régions de Saint-Omer, Béthune, Lens, Lille, Douai et Valenciennes font partie des territoires consommant la plus grande surface. (Article du 15/06/2026 – Courrier Picard)
LES MARDIS DE L’ECHOS
La Foire-exposition de Picardie, organisée à Mégacité Amiens jusqu’au 14 juin 2026, célèbre cette année son centenaire. À l’occasion des Mardis de l’éco du 9 juin, les acteurs de l’événement ont mis en avant son rôle de vitrine commerciale, de lieu de réseautage et de moteur de croissance pour les entreprises du territoire. Depuis cent ans, cette manifestation rythme la vie économique amiénoise et constitue un rendez-vous incontournable pour les professionnels comme pour le grand public. Chaque année, la foire rassemble environ 200 exposants et accueille près de 40 000 visiteurs sur dix jours. Répartie sur 20 000 m² d’exposition, elle offre une visibilité importante à des entreprises issues de secteurs variés. Selon Laurent Sauvage, directeur général adjoint de Mégacité, environ 40 % des exposants proviennent du territoire local, tandis que les autres viennent de différentes régions françaises. La foire accueille également des espaces consacrés à l’innovation, comme Innov’A, ainsi que des secteurs plus traditionnels tels que la gastronomie, le bien-être, l’habitat ou l’aménagement de la maison. Dans un contexte économique marqué par les incertitudes nationales et internationales, la rentabilité d’une participation à la foire peut être questionnée. Pourtant, les organisateurs soulignent les nombreux avantages qu’elle procure aux entreprises. L’événement permet avant tout de présenter des produits, de gagner en visibilité et de rencontrer des publics variés. Les visiteurs de la semaine ne sont pas les mêmes que ceux du week-end, ce qui élargit les opportunités de contacts commerciaux. La concurrence du commerce en ligne a cependant modifié certaines pratiques. Autrefois, les « prix de foire » constituaient un argument commercial fort. Aujourd’hui, avec la transparence des prix sur internet, les tarifs proposés lors de la manifestation sont généralement similaires à ceux du marché en ligne. La valeur ajoutée de la foire réside désormais davantage dans l’expérience directe : voir, toucher et comparer les produits, mais aussi échanger avec les professionnels. Au-delà des ventes réalisées sur place, la manifestation favorise la prise de rendez-vous, le développement de nouveaux partenariats et le test de nouveaux produits. Ces opportunités expliquent la fidélité de nombreux exposants qui reviennent chaque année. Enfin, pour maintenir son attractivité, la foire se renouvelle régulièrement autour d’un thème spécifique. Après les Jeux olympiques de Paris, la Chine puis le centenaire de l’événement, le thème de l’édition 2027 sera prochainement dévoilé et s’inspirera de l’actualité du territoire. (Article du 15/06/2026 – Courrier Picard)
COMMERCE
Des enseignes ferment encore rue des Jacobins
La rue des Jacobins, l’une des principales artères commerçantes du centre-ville d’Amiens, connaît une nouvelle vague de fermetures de commerces qui inquiète habitants et professionnels. Après la disparition en début d’année de plusieurs enseignes emblématiques comme Jacadi, One Step, Sandro ou encore la Tarterie des Jacobins, quatre nouveaux établissements s’apprêtent à quitter définitivement le paysage commercial local. Parmi eux figure le magasin de prêt-à-porter Maje, dont la fermeture a été annoncée récemment par une affiche évoquant une décision soudaine et indépendante de la volonté de l’enseigne. À quelques mètres de là, rue Lamarck, le magasin Les Petits Hauts, installé depuis douze ans, a également annoncé sa fermeture définitive. La situation touche aussi Okaidi, enseigne spécialisée dans les vêtements pour enfants. Placée en redressement judiciaire en début d’année, l’entreprise a décidé de fermer 60 magasins en France et de supprimer 290 emplois. Le point de vente amiénois cessera son activité le 28 juin. Pour de nombreux clients, cette fermeture illustre les difficultés croissantes rencontrées par les commerces du centre-ville. Certains dénoncent notamment des loyers trop élevés qui fragiliseraient la rentabilité des boutiques et favoriseraient le développement des zones commerciales en périphérie. Le secteur de la restauration n’est pas épargné. Le restaurant Ch’ti Charivari, spécialisé dans les plats savoyards, a également fermé ses portes. Son dirigeant estime que la concurrence croissante de la restauration rapide a contribué à fragiliser son activité, malgré une fréquentation comparable à celle des premières années. Face à cette succession de fermetures, les commerçants encore présents expriment leur inquiétude. Camille Bernard, responsable du magasin de puériculture Ma Biche, constate une baisse importante de la fréquentation du centre-ville et un changement des habitudes de consommation. Selon elle, chaque fermeture accentue le phénomène en réduisant l’attractivité de la rue, créant ainsi un cercle vicieux. Elle évoque également les difficultés de stationnement et le contexte économique général comme facteurs aggravants. Afin d’enrayer ce déclin commercial, plusieurs commerçants envisagent de solliciter la mairie d’Amiens pour engager une réflexion collective et rechercher des solutions capables de redynamiser la rue des Jacobins et, plus largement, le centre-ville. (Article du 17/06/2026 – Courrier Picard)
EVENEMENT
La Foire-exposition a attiré plus de 34 000 visiteurs
«Cette édition anniversaire restera un moment marquant de l’histoire de la Foire-exposition », se félicitent les organisateurs. L’événement a fêté ses 100 ans, du 5 au 14 juin, à Mégacité. Les chiffres de fréquentation sont désormais officiellement connus : 34 404 visiteurs ont été comptabilisés. La programmation «riche et intergénérationnelle » a permis « à chacun de trouver sa place, confirmant la capacité de la foire à se renouveler tout en restant fidèle à son ADN », soulignent les organisateurs. Parmi les temps forts, le feu d’artifice du centenaire, a attiré à lui seul 2 000 personnes dès la première soirée, l’organisation d’un Mardi de l’éco du Courrier picard et l’accueil du Forum des clubs d’entreprises. L’édition 2027 se prépare déjà, le thème a été dévoilé lors de la dernière journée de la manifestation. Les visiteurs découvriront l’univers des arts de la scène, du cinéma à l’animation. (Article du 19/06/2026 – Courrier Picard)