La Revue de Presse

Vendredi 09 Jan

ACTUALITES ENTREPRISES

Tout le monde a un peu de chez Saati à la maison

Implantée à Sailly-Saillisel, en Haute Somme, l’entreprise Saati est un acteur discret mais essentiel de l’industrie mondiale. Spécialisée dans le tissage de tissus techniques à usage industriel, elle fournit des composants indispensables à une multitude d’objets du quotidien. Des filtres de sèche-linge aux téléphones portables, des moteurs automobiles aux aspirateurs, des écrans tactiles aux équipements aéronautiques ou spatiaux, les tissus produits dans ce village près de Péronne se retrouvent partout, souvent sans que le grand public en ait conscience. Dirigée depuis 2017 par Mathilde Sion, polytechnicienne et responsable de la filière française, Saati tisse des textiles d’une extrême finesse. Les fils utilisés peuvent atteindre un diamètre proche du micron, soit trois fois plus fins qu’un cheveu. Ces tissus entrent notamment dans la fabrication de filtres à air, à huile ou à eau, dans les micros et écouteurs, ainsi que dans les dispositifs tactiles. Leur précision et leur fiabilité sont déterminantes pour des industries aussi variées que l’automobile, l’informatique, la téléphonie mobile ou l’aéronautique. Saati est une entreprise d’origine italienne, dont le nom signifie « Société italienne de tissus industriels ». Fondée il y a 90 ans, elle a son siège à Appiano Gentile, en Lombardie, et emploie environ 1 000 salariés répartis sur plusieurs sites en Europe, aux États-Unis et en Chine. Le site de Sailly-Saillisel fait partie du groupe depuis 1993, année du rachat de la manufacture locale T3, héritière d’un savoir-faire remontant à 1836. Initialement spécialisée dans les tamis à farine en soie, l’usine avait été détruite durant la Première Guerre mondiale avant d’être reconstruite. Aujourd’hui, 90 salariés travaillent sur le site picard, dans des bâtiments agrandis sur 12 000 m². Les 200 métiers à tisser fonctionnent en continu, produisant jusqu’à 3 millions de mètres de tissu par an. Une partie de la production, environ 30 %, est destinée à l’impression de haute qualité, tandis que 70 % concerne la filtration, un marché en forte croissance lié aux enjeux industriels, environnementaux et technologiques. Grâce à ce savoir-faire de pointe, Sailly-Saillisel joue un rôle clé dans des chaînes de production mondialisées. (Article du 05/01/2026 – Courrier Picard)


Innovafeed à nouveau certifiée pour ses bonnes pratiques de production


Implantée à Nesle, dans la Somme, l’entreprise Innovafeed vient de renouveler sa certification internationale B Corp™ pour une nouvelle période de trois ans. Ce label de renommée mondiale distingue les entreprises qui respectent des standards élevés en matière d’impact social, sociétal et environnemental. Pour Innovafeed, il s’agit d’une deuxième certification consécutive, obtenue avec un score en nette progression : 118 points en 2025, contre 111 lors de la première évaluation. Cette amélioration intervient dans un contexte de forte croissance industrielle et commerciale, confirmant la solidité de l’engagement de l’entreprise en faveur d’un modèle durable. Innovafeed produit des protéines d’insectes à partir de la mouche soldat noire, destinées principalement à l’alimentation animale. La progression de son score B Corp s’explique par plusieurs facteurs clés. L’entreprise met en avant la montée en puissance de son site industriel de Nesle, devenu leader mondial de la production d’insectes, l’évolution de ses métiers accompagnée par de nouveaux parcours de formation pour les salariés, ainsi que le renforcement de ses partenariats avec les acteurs locaux et ses clients afin de construire des chaînes de valeur plus responsables. Parallèlement, Innovafeed a poursuivi d’importants chantiers environnementaux visant à réduire ses consommations, ses pertes et son impact global. Le site de Nesle s’inscrit dans un écosystème industriel local vertueux, notamment grâce à des synergies avec Tereos pour la valorisation de coproduits agricoles et avec Kogeban pour la récupération de chaleur. L’audit 2025 souligne d’ailleurs des avancées notables en matière de gouvernance, de performance environnementale et de relations avec les clients. Pour la direction, ce renouvellement constitue une reconnaissance du travail accompli par les équipes et un encouragement à poursuivre la transformation de la filière agro-industrielle. À terme, Innovafeed ambitionne d’atteindre une production annuelle de 100 000 tonnes sur son site de Nesle, comprenant 15 000 tonnes de protéines d’insectes, 80 000 tonnes d’engrais naturel et 5 000 tonnes d’huiles. Depuis sa création, l’entreprise a levé 490 millions d’euros et s’est développée par étapes successives, faisant aujourd’hui de Nesle le plus grand site mondial dédié à la production de protéines d’insectes, avec 55 000 m² de bâtiments industriels. (Article du 05/01/2026 – Courrier Picard)


À 150 ans, Votat investit 5 millions d’euros dans un nouveau site à Pont-Sainte-Maxence


L’entreprise Votat, métallurgiste historique installé à Pont-Sainte-Maxence dans l’Oise depuis 1876, entame une nouvelle phase de développement avec la construction d’une usine moderne et des ambitions de croissance ambitieuses. Fondée pour produire des lampes à huile et des réchauds à alcool, la société a progressivement réorienté son activité dans les années 1950 vers la fabrication de pièces pour l’automobile, avant de diversifier ses marchés vers le nucléaire, la construction et le secteur sanitaire. Aujourd’hui, Votat emploie 40 salariés et se distingue par son savoir-faire en emboutissage, découpage au laser, pliage, formatage et tôlerie fine. L’entreprise fournit également des pièces à d’autres secteurs, comme l’ameublement sportif, à l’image des tables de ping-pong Cornilleau. Sous la direction de Philippe Marillaud, qui a repris l’entreprise familiale en 2019, Votat a évolué d’un statut de sous-traitant vers un rôle de partenaire stratégique de ses clients, collaborant en amont pour optimiser les pièces et concilier exigences techniques et coût. Depuis sept ans, 1,3 million d’euros ont été investis dans la rénovation des bâtiments et l’acquisition de nouvelles presses, plieuses et robots de soudure, avec le soutien du plan France Relance. Parallèlement, l’entreprise a consacré 600 000 euros à 1 800 heures de formation interne pour renforcer les compétences des salariés et des nouveaux arrivants. Le projet phare à venir est la construction d’une nouvelle usine de 4 300 m² à la sortie de Pont-Sainte-Maxence, pour un investissement de cinq millions d’euros. Les travaux débuteront au deuxième trimestre 2026 pour une mise en service prévue en 2027. Cette infrastructure moderne permettra d’optimiser les flux, de poursuivre l’investissement en machines, d’améliorer les conditions de travail et d’accroître la productivité. L’effectif sera également renforcé avec quatre à cinq recrutements supplémentaires. Votat prévoit de se positionner sur les marchés de l’aéronautique et de la défense, secteurs en croissance en France et dans l’Union européenne, tout en développant ses exportations pour qu’elles représentent 15 % du chiffre d’affaires dans trois ans, contre environ 7 % aujourd’hui. Après avoir généré 5 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2019, Votat est passé à 7 millions et vise 10 millions d’euros d’ici trois ans. Ces ambitions s’accompagnent d’une stratégie combinant modernisation industrielle, montée en compétences des salariés et expansion vers de nouveaux marchés nationaux et internationaux. (Article du 05/01/2026 – Courrier Picard)


En Picardie, Auchan transformera au moins une dizaine de magasins


En Picardie, cette transformation concernera au moins onze magasins Auchan, notamment dans l’Oise et la Somme. Le groupe de grande distribution Auchan transformera ses 300 supermarchés sous enseigne Intermarché et Netto. C’est une nouvelle étape dans la transformation d’Auchan en France métropolitaine. Le groupe a annoncé sa volonté de faire passer ses supermarchés sous la bannière Intermarché et Netto. Ce changement devrait concerner environ 294 magasins. Une mutation qui est envisagée pour la fin de l’année 2026. Dans le Nord, neuf établissements Auchan changeront d’enseigne pour devenir des magasins Intermarché ou Netto. Dans le Pas-de-Calais, six supermarchés Auchan changeront de devanture. En Picardie, ce changement d’enseigne concernera un supermarché dans l’Aisne à Saint-Quentin. Cinq magasins seront concernés dans l’Oise. Ces changements d’enseigne concerneront les supermarchés à Longueil-Sainte-Marie, Compiègne, Formerie, à Chantilly et à Breuil-le-Vert. Dans la Somme, cinq supermarchés Auchan passeront sous la bannière Intermarché ou Netto à Pierre-Rollin à Amiens à Rue, à Nesle, à Corbie et à Villers-Bretonneux. (Article du 05/01/2026 – Courrier Picard)


Le Groupe Isagri annonce l’acquisition de Carbon Diag


Le Groupe Isagri, éditeur de logiciels de gestion pour l’agriculture et les entreprises, basé à Beauvais-Tillé dans l’Oise, renforce sa stratégie de croissance externe avec l’acquisition de Carbon Diag, spécialiste de l’analyse des données agricoles et environnementales. Cette opération permet au groupe familial d’élargir son offre en proposant aux collecteurs agricoles, coopératives et acteurs agro-industriels européens une plateforme de référence pour mesurer et piloter l’empreinte carbone et les indicateurs agro-environnementaux de leurs clients. Carbon Diag fournit une solution en ligne capable de collecter et d’analyser les données de chaque parcelle, notamment les rendements et les apports de fertilisants, pour calculer l’empreinte carbone par exploitation et par culture. Grâce à ces informations, les collecteurs peuvent accompagner les agriculteurs dans l’amélioration de leurs pratiques environnementales et établir des bilans carbones à l’échelle d’une filière ou d’un contrat client. La solution est certifiée conforme au Label Bas Carbone (LBC), ce qui permet également de créer des projets éligibles aux crédits carbone, renforçant l’impact concret de l’accompagnement proposé par Isagri. Déployé sur 2 500 exploitations, Carbon Diag permet aujourd’hui de piloter environ 300 000 hectares et d’analyser près d’un million de tonnes équivalent CO₂, offrant aux clients des outils concrets pour répondre aux attentes croissantes en matière de responsabilité environnementale et aux objectifs RSE du groupe. Hélène Savalle, directrice des ressources humaines et de la stratégie RSE d’Isagri, souligne que cette acquisition permet de proposer des solutions innovantes pour aider les filières agricoles à répondre aux enjeux carbone et agro-environnementaux tout en s’alignant sur les pratiques durables. Fondé en 1983 par Jean-Marie Savalle, le Groupe Isagri emploie aujourd’hui 3 200 salariés, dont 350 répartis dans treize pays, et génère un chiffre d’affaires de 370 millions d’euros. L’entreprise dispose de filiales en Allemagne, Belgique, Canada, Chine, Espagne, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Roumanie, Royaume-Uni et Suisse. L’acquisition de Carbon Diag marque une étape stratégique pour Isagri, en consolidant son positionnement sur le marché des outils numériques pour l’agriculture durable et en répondant aux besoins croissants de traçabilité, de performance environnementale et de transition carbone dans l’ensemble de la filière agroalimentaire européenne. Cette opération illustre la volonté du Groupe Isagri d’allier innovation technologique, responsabilité environnementale et expansion internationale, tout en offrant à ses clients des solutions concrètes pour piloter leur impact carbone et optimiser leurs pratiques agricoles. (Article du 05/01/2026 – Courrier Picard)


Un nouveau whisky pour les 10 ans de la ferme-distillerie d’Hautefeuille


Il y a dix ans, Marie-Astrid et Étienne d’Hautefeuille transformaient l’exploitation céréalière familiale de Beaucourt-en-Santerre en distillerie, avec l’ambition de produire des whiskys et des gins à partir de leur propre orge. Après avoir quitté Paris en 2013 pour reprendre la ferme, le couple s’est inspiré d’un voisin écossais passionné de whisky pour lancer ce projet audacieux. Le démarrage réel de la production remonte à 2017, et les premières bouteilles ont été commercialisées entre 2019 et 2020. Aujourd’hui, la distillerie jouit d’une renommée qui dépasse largement le Santerre, avec un stock de près de 700 barriques vieillissant de cinq à six ans. L’entreprise, qui emploie en plus du couple deux salariés supplémentaires, Alexis, maître distillateur et maître de chai, et Olivier, chargé des cultures, exploite près de 200 hectares dédiés à diverses cultures, dont 30 hectares d’orge pour l’alcool. La production atteint désormais environ 50 000 bouteilles par an. La distillerie connaît un succès croissant auprès des cavistes et restaurateurs locaux, séduits par l’authenticité et le lien direct avec le terroir. Cette approche « du champ à la bouteille » a été récompensée en 2024 au Salon de l’Agriculture, où deux de leurs whiskys ont reçu des médailles d’argent au Concours Général Agricole. La gamme de whiskys comprend trois lignes : les intemporels (« single farm » classique et tourbé), les éditions limitées et les parcellaires, chaque parcelle apportant des caractéristiques aromatiques propres. Le dernier whisky, élaboré à partir de l’orge de la parcelle du Bout de la Ville, a été vieilli en fûts roux, ex-Rhum et terminé en fûts de Rivesaltes et Sherry, offrant un alcool puissant à 46° aux notes de vanille et de foin coupé, répondant aux attentes des amateurs initiés. Côté gin, la distillerie propose quatre références : l’Audacieux, infusé à la fleur de sureau picarde ; l’Explorateur, aromatisé avec des plantes sauvages de la Baie de Somme ; et deux gins éphémères, dont le Citron noir, qui deviendra permanent, et le pomme-sureau. Toutes les plantes utilisées proviennent de Picardie, notamment de l’entreprise locale Florixir. Le couple réfléchit également à lancer une nouvelle gamme de liqueurs, plus sucrées et moins fortes en alcool, pour séduire une clientèle plus jeune. En dix ans, la distillerie Hautefeuille est devenue un exemple de réussite artisanale et locale, combinant innovation, terroir et authenticité, avec une production qui continue de croître et de diversifier ses offres. (Article du 06/01/2026 – Courrier Picard)



ECONOMIE

À quoi sert la Région des Hauts-de-France ?

La création de la région Hauts-de-France, issue de la fusion de la Picardie et du Nord–Pas-de-Calais, a profondément modifié l’organisation territoriale et administrative. Il est souvent difficile pour les citoyens de savoir précisément quel niveau de collectivité gère quels aspects de la vie quotidienne. Pourtant, la Région joue un rôle central, avec des compétences larges et un budget conséquent, gérés par une assemblée d’élus régionaux. Contrairement à une idée répandue, aucune ligne de l’impôt sur le revenu ne finance directement la Région. Néanmoins, en 2025, celle-ci dispose d’un budget global de 4,1 milliards d’euros, dont 2,6 milliards dédiés à son fonctionnement courant. Ses principales ressources proviennent de taxes indirectes. La Région perçoit notamment le produit des cartes grises, dont elle fixe le prix du cheval fiscal (42 € en 2025). Elle reçoit surtout une part importante de la TVA, qui constitue sa première source de revenus, ainsi qu’une fraction de la TICPE, intégrée dans le prix du carburant. À elles seules, la TVA, la TICPE et les cartes grises représentent environ 80 % de ses recettes, soit plus de 2,29 milliards d’euros. Elle pourrait aussi taxer la masse salariale des entreprises pour financer les transports, mais a choisi de ne pas le faire en 2025 afin de ne pas pénaliser l’activité économique. Les dépenses régionales se répartissent entre la gestion quotidienne des services et les investissements. Les transports, notamment les TER, l’entretien des lycées, la formation professionnelle et la rémunération des agents constituent les principaux postes de fonctionnement. À cela s’ajoutent 1,5 milliard d’euros consacrés aux grands projets d’infrastructures, à la rénovation des bâtiments, au développement économique et à la gestion de fonds européens (FEDER, FSE et FEADER), essentiels notamment pour l’agriculture. La compétence majeure de la Région reste la mobilité, avec la gestion du deuxième réseau TER le plus dense de France. Elle intervient également dans la gestion de ports, d’aéroports, le soutien aux entreprises, l’emploi, l’apprentissage, les lycées, les universités, mais aussi la culture, le sport, le tourisme et les parcs naturels régionaux. Les décisions sont prises par une assemblée de 170 conseillers régionaux élus pour six ans. Présidée par Xavier Bertrand, elle se réunit en séance plénière à Lille pour voter les grandes orientations, tandis qu’une commission permanente, basée à Amiens, gère les affaires courantes. (Article du 03/01/2026 – Courrier Picard)


La Picardie tente d’exister économiquement face au Nord – Pas-de-Calais


Dix ans après la création de la région Hauts-de-France, le bilan est contrasté pour la Picardie, qui peine encore à trouver sa place au sein de cette grande région dominée par le Nord et le Pas-de-Calais. La disparition officielle de la région Picardie au 1er janvier 2016 a entraîné la perte du statut de capitale régionale pour Amiens et le transfert d’au moins un millier d’emplois publics vers Lille. Malgré la construction d’une cité administrative près de la gare d’Amiens, destinée à regrouper plusieurs services de l’État, les compensations promises restent insuffisantes aux yeux des acteurs locaux. Sur le plan économique, les trois départements picards — la Somme, l’Oise et l’Aisne — peinent à rivaliser avec le poids industriel du Nord et du Pas-de-Calais. Ces derniers bénéficient notamment de filières majeures comme le nucléaire à Gravelines, qui représente environ 3 000 emplois directs et indirects, ou encore l’automobile, qui regroupe près de 27 000 salariés. Dans ce contexte, l’aéronautique constitue l’exception notable en faveur de la Picardie. La majorité des emplois de cette filière régionale y est concentrée : sur plus de 10 000 salariés répartis dans 166 entreprises, environ 75 % travaillent en Picardie, contre 25 % dans le Nord–Pas-de-Calais. D’autres secteurs stratégiques accentuent toutefois les déséquilibres territoriaux. La vallée de la batterie, symbole de la transition vers les véhicules électriques, est aujourd’hui implantée exclusivement dans le Nord et le Pas-de-Calais, avec plusieurs gigafactories en activité ou en projet. En Picardie, seule l’implantation de l’entreprise Tiamat à Boves, spécialisée dans les batteries sodium-ion, a été annoncée, avec un chantier attendu prochainement. Les infrastructures de transport illustrent également les retards persistants. Le barreau ferroviaire Creil–Roissy, censé permettre l’arrivée du TGV à Amiens en compensation de la perte du statut de capitale régionale, n’entrera en service qu’en décembre 2028, après de nombreux reports. Enfin, le canal Seine-Nord Europe, projet majeur de 8 milliards d’euros reliant l’Oise au Nord, est désormais lancé, mais sa mise en service est repoussée à 2032. Ce chantier devrait néanmoins générer des milliers d’emplois à terme et représente un espoir important pour l’attractivité future de la Picardie. (Article du 04/01/2026 – Courrier Picard)


Amiens, pertes capitales... ou pas


Dix ans après la fusion des régions Picardie et Nord–Pas-de-Calais, qui a donné naissance aux Hauts-de-France, Amiens dresse un bilan contrasté. La perte de son statut de capitale régionale en 2016, au profit de Lille, a entraîné un affaiblissement symbolique et politique évident. Malgré les slogans et les tentatives de résistance des élus locaux, la ville a cessé d’être un centre décisionnel majeur pour de nombreuses politiques publiques, désormais pilotées depuis Lille. Les directions régionales liées au sport, à la culture, à l’économie, aux transports, à l’emploi ou encore à l’environnement ont quitté Amiens, emportant avec elles cadres, emplois qualifiés et sièges d’entreprises. Sur le plan de l’emploi public, la tendance est à la baisse. Entre 2011 et 2023, l’État et les collectivités ont perdu plusieurs milliers de postes dans la région, conséquence de politiques de rationalisation, de départs à la retraite non remplacés et du regroupement des services à Lille. À Amiens, le nombre d’agents régionaux reste limité et surtout privé de fonctions décisionnelles. Les mesures de compensation, comme la création d’une plateforme de cartes grises, l’ouverture d’une nouvelle cité administrative regroupant 950 agents ou l’arrivée annoncée de la Bibliothèque nationale de France avec 120 emplois, sont jugées utiles mais insuffisantes pour recréer une dynamique de développement. Dans le secteur privé, l’emploi progresse néanmoins depuis 2016, porté principalement par la logistique et le tertiaire. L’implantation d’Amazon et d’autres plateformes a créé de nombreux emplois, mais cette croissance ne s’accompagne pas d’une montée en gamme de l’économie locale. La part des cadres reste faible, les start-up peu nombreuses et peu fidélisées, et certains échecs industriels ont marqué durablement le territoire. Le taux de chômage demeure élevé et plus d’un quart des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Malgré ces fragilités, Amiens résiste. Son attractivité repose sur un marché immobilier relativement stable, sa proximité avec Paris, ses 30 000 étudiants, un pôle universitaire reconnu et un CHU employant 5 500 personnes. La ville conserve également un tissu industriel solide et bénéficie d’un tourisme dynamique, soutenu par un patrimoine culturel et naturel majeur, qui contribue à maintenir son rayonnement régional. (Article du 05/01/2026 – Courrier Picard)


Ces entreprises et projets industriels qui marqueront l’année en Picardie


L’année 2026 sera marquée par le lancement de plusieurs projets industriels majeurs en Picardie, touchant des secteurs aussi divers que l’agroalimentaire, la maroquinerie de luxe, les parfums et les batteries électriques. Ces initiatives, portées par des PME et des grands groupes, se concentreront principalement dans la Somme et l’Oise, et devraient générer plusieurs centaines à plusieurs milliers d’emplois. Le groupe belge Ecofrost ouvrira une usine de production de frites surgelées et de coproduits à Péronne, sur l’ancienne friche industrielle de Flodor. L’investissement, de 225 millions d’euros, permettra de transformer 400 000 tonnes de pommes de terre issues de 600 à 700 exploitations locales réparties sur 12 000 hectares. Une activité de stockage et de conditionnement a déjà débuté en fin d’année 2025 avec 25 employés, et la production industrielle commencera au premier trimestre 2026, mobilisant 80 à 100 personnes. Dans le secteur du luxe, la Manufacture de Senlis, spécialisée dans la maroquinerie et les articles d’équitation pour Hermès, renforce sa présence dans l’Oise en s’implantant à Margny-lès-Compiègne. Sur un terrain de près de 10 000 m² acquis à l’ARC, l’entreprise aménagera une nouvelle unité de production qui devrait accueillir 250 à 300 salariés à terme, avec une centaine de personnes dès le début de l’activité en 2026. Chanel, également dans l’Oise, lancera la production de parfums dans sa nouvelle usine de 30 000 m² située à Venette, pour un investissement de 150 millions d’euros. Cette unité moderne complétera ses sites existants à Compiègne et Verneuil-en-Halatte, et emploiera entre 250 et 300 salariés dès le printemps 2026. Enfin, le secteur des batteries électriques connaîtra une avancée avec le projet de gigafactory porté par Tiamat à Boves, dans la Somme. Après une concertation publique en 2025 et une enquête prévue début 2026, la première ligne de production pourra enfin être construite sur 25 hectares du pôle Jules-Verne. Deux autres lignes suivront, et le site devrait générer environ 1 700 emplois d’ici 2030. Ces projets témoignent d’une diversification industrielle croissante en Picardie, mêlant agroalimentaire, luxe et technologies vertes, et devraient renforcer l’attractivité économique de la région tout en créant des emplois significatifs pour les habitants. (Article du 05/01/2026 – Courrier Picard)


Canal Seine-Nord Europe : des zones de compensation contestées


Le chantier du canal Seine-Nord Europe, vaste projet de 107 kilomètres reliant Compiègne à Aubencheul-au-Bac, entraîne la destruction de nombreux habitats naturels. Pour en limiter les impacts, la Société du canal Seine-Nord Europe (SCSNE) met en œuvre des mesures de compensation écologique sur environ 1 260 hectares de terrains situés à proximité du tracé. Cette stratégie, présentée comme visant un « gain net de biodiversité », suscite toutefois de vives critiques, certains opposants la qualifiant de greenwashing et contestant sa validité devant la justice. Un exemple mis en avant par l’aménageur est celui de la grande berle, plante herbacée vivace protégée en Picardie et fortement dépendante des zones humides. En fort déclin dans l’Oise depuis plusieurs décennies — avec une baisse estimée à 85 % de sa population entre 1985 et 2010 —, l’espèce a récemment réapparu à Morlincourt, près de Noyon, sur une zone de compensation aménagée par la SCSNE. Les travaux de curage et de terrassement ont permis la germination de graines dormantes, révélant d’abord quelques pieds, puis plusieurs dizaines. En collaboration avec le Conservatoire botanique national de Bailleul, des graines issues d’une station voisine ont été cultivées puis réimplantées, afin de constituer une population jugée « fonctionnelle ». Des dispositifs de protection contre les rongeurs ont également été installés. La SCSNE insiste sur le caractère durable de ces compensations, encadrées par des autorisations environnementales préfectorales et assorties d’un suivi régulier sur trente ans, avant une reprise de la gestion par Voies navigables de France (VNF). Selon l’opérateur, il ne s’agit pas d’actions ponctuelles, mais d’une obligation de résultat fondée sur la restauration d’habitats souvent dégradés. Ces arguments ne convainquent pas les opposants. Un collectif de chercheurs de l’Université de technologie de Compiègne estime que la compensation écologique repose davantage sur un pari que sur des garanties scientifiques. Ils soulignent l’impossibilité de recréer à l’identique des milieux naturels complexes, ainsi que les nombreuses incertitudes liées au changement climatique, aux politiques publiques et au financement à long terme. Deux associations ont ainsi saisi le tribunal administratif pour contester l’autorisation environnementale d’août 2024. Parmi les points débattus figure notamment la capacité future de VNF à assurer la gestion et le financement des sites compensatoires, dans un contexte budgétaire jugé fragile. La décision de justice est désormais attendue.



CULTURE

Des anciens directeurs de la Maison de la culture réunis pour une table ronde

Dans le cadre de la célébration de ses 60 ans, la Maison de la culture d’Amiens organise, le lundi 12 janvier 2026 à 18 heures, une table ronde réunissant plusieurs anciens directeurs et le nouveau directeur Romaric Daurier. Cet événement s’inscrit dans la programmation anniversaire de cette scène nationale, créée pour incarner les ambitions d’André Malraux : un lieu plurifonctionnel dédié au théâtre, à la musique, au cinéma, aux expositions et à la danse. L’objectif de la rencontre est d’examiner comment chaque direction a interprété et développé cette vision, et de réfléchir à l’impact de ces projets sur les espaces de la Maison, son territoire et sa renommée. Parmi les participants figurent Michel Orier, directeur de 1991 à 2000, qui a notamment initié une production de disques de jazz avec Label Bleu ; Gilbert Fillinger, directeur de 2005 à 2017, à l’origine du festival international de jardins, dont il reste directeur artistique ; et Laurent Dréano, récemment en poste avant la passation au nouveau directeur. La table ronde sera animée par Jean-Michel Puiffe, ancien directeur du Théâtre Sénart et membre de la direction de la MCA dans les années 1990. Ces échanges permettront de mettre en lumière les singularités de chaque direction et leur contribution à la vie culturelle de la Maison et de la région. L’événement constituera également une occasion pour Romaric Daurier de présenter son projet « Une Maison pour demain », qui vise à renouveler et adapter les missions de la MCA pour les prochaines années. Le programme des célébrations du 60e anniversaire sera également dévoilé, avec des festivités prévues du 19 au 31 mars 2026, incluant spectacles, expositions et événements publics destinés à rendre hommage à l’histoire de la Maison tout en projetant son avenir. Cette table ronde met en lumière l’importance de la continuité et de l’innovation dans la direction d’une scène nationale, en soulignant la manière dont chaque directeur a contribué à faire de la Maison de la culture d’Amiens un lieu emblématique et pluriel, capable d’accueillir des disciplines variées et de s’adapter aux enjeux culturels contemporains. Elle offre au public une réflexion sur le rôle des institutions culturelles dans le territoire et sur leur capacité à se réinventer tout en honorant leur héritage. (Article du 06/01/2026 – Courrier Picard)