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Ven. 28 Aoû. 2026Mobilité professionnelle : en Europe, changer d’emploi relève d’abord de la prudence
Publiée le 4 août 2026, une étude de la Banque centrale européenne (BCE) compare la recherche d’emploi des salariés de onze pays de la zone euro à celle de leurs homologues américains. Elle met en évidence deux conceptions très différentes de la mobilité professionnelle.
En moyenne, 13% des salariés européens recherchent activement un autre emploi tout en étant déjà en poste, contre 19% aux États-Unis. Or, ces salariés ont environ six fois plus de chances de changer effectivement d’employeur que ceux qui ne sont pas en recherche active.
Sécuriser son parcours plutôt que progresser
Aux États-Unis, la recherche d’un nouvel emploi répond principalement à une logique d’amélioration salariale : la mobilité est perçue comme un moyen d’accéder à de meilleures rémunérations et de progresser dans sa carrière.
En Europe, la motivation dominante est davantage la prudence. Les salariés cherchent plus souvent à anticiper une possible perte d’emploi, une dégradation de leur situation ou une incertitude sur leur avenir professionnel. La BCE relie cet écart à deux caractéristiques des marchés du travail : des inégalités salariales plus fortes aux États-Unis, qui rendent les changements d’employeur plus rémunérateurs, et des durées de chômage généralement plus longues en Europe, qui encouragent à préparer une solution avant une rupture.
Un signal pour les entreprises
Pour les employeurs, cette étude rappelle qu’un projet de départ ne traduit pas nécessairement une seule attente de salaire. Il peut aussi révéler un besoin de visibilité, de reconnaissance, de perspectives d’évolution ou de sécurisation des compétences.
Dans un contexte de tensions de recrutement, la fidélisation passe donc par une politique de rémunération adaptée, mais aussi par la qualité du dialogue managérial, l’accès à la formation, la mobilité interne et la capacité à donner des perspectives concrètes aux salariés.
Emploi privé : léger recul au deuxième trimestre 2026
Selon l’estimation provisoire de l’Insee publiée le 30 juillet 2026, l’emploi salarié privé a diminué de 0,1% au deuxième trimestre, soit 19 300 emplois de moins. Sur un an, le recul atteint 0,4%, représentant 79 700 emplois. Il s’agit du sixième trimestre consécutif de baisse en glissement annuel.
Cette évolution doit néanmoins être replacée dans une perspective plus longue : le niveau d’emploi privé demeure supérieur de 5,0% à celui de fin 2019, soit environ un million d’emplois supplémentaires avant la crise sanitaire.
L’intérim, principal signal de fragilité
Le recul concerne notamment le tertiaire marchand, avec 9 700 emplois de moins au trimestre, ainsi que la construction (-6 100 emplois) et l’industrie (-3 200 emplois). L’emploi dans les services non marchands progresse légèrement (+2 100 emplois).
L’intérim marque particulièrement le pas : il diminue de 1,4% au deuxième trimestre, après une baisse de 0,4% au trimestre précédent. Il se situe désormais 1,9% sous son niveau d’un an auparavant et reste nettement inférieur à son niveau de fin 2019. Cet indicateur, souvent sensible aux anticipations d’activité des entreprises, confirme un contexte de prudence dans les recrutements.
Des salaires légèrement plus dynamiques que les prix
Les résultats provisoires de la Dares, publiés le 6 août 2026, font état d’une hausse de 0,7% du salaire mensuel de base au deuxième trimestre, et de 1,9% sur un an. Cette progression dépasse légèrement l’inflation, établie à 1,7% sur la même période, ce qui se traduit par un gain de pouvoir d’achat de 0,2 point.
Le tableau est donc contrasté : l’emploi privé se tasse légèrement, en particulier dans l’intérim et la construction, tandis que les salaires de base conservent une progression réelle, certes modérée.
Voie Pro : un Conseil national de la refondation annoncé en octobre
La ministre déléguée chargée de l’Enseignement et de la Formation professionnels, Sabrina Roubache, a annoncé, le 24 août 2026, la tenue en octobre d’un Conseil national de la refondation (CNR) consacré à l’attractivité de la voie professionnelle. Jeunes, familles, enseignants, organisations syndicales et chefs d’entreprise seraient associés à cette concertation.
Cette initiative intervient dans un contexte de recul de l’apprentissage : 846 700 contrats ont débuté en 2025, soit près de 5% de moins qu’en 2024. Avec 1,02 million d’apprentis accueillis dans les CFA à fin 2025, les effectifs reculent de 2,8% sur un an, une première depuis 2015 selon les données citées.
Des soutiens davantage ciblés
La ministre assure qu’il n’y aura pas de baisse supplémentaire des crédits dédiés à l’apprentissage, tout en soulignant que le modèle ne peut reposer durablement sur un financement public massif.
Les aides ont cependant été progressivement resserrées : baisse des aides à l’embauche pour certains niveaux de formation, évolution des niveaux de prise en charge des CFA, suppression de l’aide de 500 euros au permis de conduire et recentrage de l’aide au premier équipement. Cette dernière est maintenue à 500 euros pour les formations de niveaux 3 et 4 — notamment les CAP et baccalauréats professionnels —, abaissée à 300 euros pour le niveau 5 et supprimée au-delà.
Mobilité et attractivité
Face à la hausse du chômage des jeunes, la ministre envisage également un leasing social de voitures sans permis pour les apprentis vivant en zone rurale, ainsi que l’ouverture de places d’internat. Ces pistes répondent à un enjeu concret : lever les freins de mobilité et d’accès à la formation, particulièrement prégnants dans les territoires peu desservis.
Le CNR annoncé en octobre devra ainsi apporter des réponses sur les conditions d’attractivité de la voie professionnelle, la mobilisation des entreprises et l’accompagnement des jeunes vers les métiers et les compétences recherchés.