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Vendredi 06 FévSimplification administrative : le Medef réclame l'action parlementaire
Une loi attendue depuis deux ans reste bloquée au Parlement
Cela fait près de deux ans que le projet de loi de simplification de la vie économique est en gestation, porté successivement par quatre gouvernements différents. Pourtant, il stagne toujours au Parlement, empêtré dans les désaccords politiques. Le 27 janvier 2026, le Medef a réagi en publiant un communiqué sans détour : il faut débloquer ce texte coûte que coûte.
« L'accumulation de normes, la complexité administrative et l'instabilité réglementaire freinent l'investissement, pénalisent l'activité et pèsent sur l'emploi », rappelle l'organisation patronale, qui appelle donc à « réinscrire le texte à l'ordre du jour du Parlement ». Un plaidoyer qui résonne particulièrement pour les chefs d'entreprise et les responsables RH confrontés quotidiennement à des couches successives de contraintes réglementaires.
Que contient réellement ce projet de loi ?
Au-delà du diagnostic partagé sur la surcharge administrative, ce texte s'attaque concrètement à plusieurs irritants majeurs pour les entreprises :
Clarifier la gouvernance territoriale
Le projet rend facultative la mise en place des Ceser (conseils économiques, sociaux et environnementaux régionaux). Ces instances, longtemps perçues comme des « couches supplémentaires » de bureaucratie, verraient donc leur caractère obligatoire disparaître. Les régions garderaient la liberté de les maintenir ou de les suspendre selon leurs besoins.
Limiter la prolifération de commissions
Une mesure de bon sens : fixer à trois ans la durée maximale de vie des commissions et des instances consultatives ou délibératives placées auprès des ministères. Objectif affiché ? Éviter que se cristallisent des structures administratives qui survivent à leur utilité et continuent à générer des réunions, des rapports et des lourdeurs bureaucratiques.
Créer une instance de vigilance normative
Le texte instaure un nouveau conseil de la simplification pour les entreprises. Sa mission : évaluer systématiquement l'impact des nouvelles normes sur les entreprises avant qu'elles ne deviennent contraignantes. Une approche préventive censée éviter la construction de règles déconnectées de la réalité opérationnelle.
Pourquoi ce blocage parlementaire ?
Bien que le Medef et nombre de responsables économiques jugent ce texte essentiel, des divergences politiques ont entraîné un blocage sine die—c'est-à-dire sans date de déblocage prévue. Les tensions portent probablement sur l'équilibre entre simplification pour les entreprises et maintien de protections sociales, environnementales ou régionales que d'autres groupes d'intérêt souhaitent préserver.
Cette impasse illustre une tension structurelle française : comment réduire la charge administrative sans affaiblir les garde-fous collectifs ? Les gouvernements se succèdent, mais cette question reste sans réponse définitive.
Les enjeux pour les entreprises et les territoires
Pour les chefs d'entreprise, la non-adoption de ce projet représente une perte d'opportunité. La simplification administrative n'est pas un luxe—c'est un levier majeur de productivité et de compétitivité. Chaque heure consacrée à démêler des normes contradictoires est une heure non consacrée à innover, investir ou créer des emplois.
Pour les responsables RH notamment, une clarification des instances consultatives et une meilleure anticipation normative faciliteraient la gestion de la conformité et réduiraient les risques de surinterprétation des règles.
Pour les régions, l'enjeu est plus nuancé. Le caractère facultatif des Ceser offrirait de la flexibilité, mais pourrait aussi affaiblir la représentation des enjeux sociaux et environnementaux dans la gouvernance territoriale—un arbitrage qu'il faudra trancher consciemment.
Et maintenant ?
Le Medef, par son communiqué, fait savoir qu'il ne renoncera pas. L'enjeu, c'est que ce texte, porté par quatre gouvernements successifs sans jamais aboutir, retrouve une place à l'agenda parlementaire. La simplification administrative est devenue une exigence incontournable pour la compétitivité française—mais elle reste prisonnière des calculs politiques.
Affaire à suivre, donc. Et de près.
Égalité salariale : 21 recommandations pour transformer la directive européenne en réalité
Le contexte
Alors que la France dispose jusqu'au 7 juin 2026 pour transposer la directive européenne n°2023/970 sur la transparence des rémunérations, la délégation aux droits des femmes de l'Assemblée nationale a publié le 27 janvier un rapport d'alerte. Constat : les mesures actuelles n'ont pas permis de réduire les inégalités salariales. L'enjeu ? Transformer cette obligation juridique en véritable outil de lutte contre les écarts.
Les 5 piliers de la transformation
1. Prévenir les écarts dès l'embauche
Actuellement, près de la moitié des offres d'emploi restent muettes sur les salaires. Les rapporteures recommandent :
Plafonner les fourchettes à 10 % maximum entre salaire minimum et maximum afin que les écarts ne se cristallisent pas dès l'embauche
Afficher clairement l'interdiction de demander aux candidats leur rémunération antérieure
Proposer des formations dédiées aux femmes pour négocier leur salaire à l'embauche (inspirées du modèle de l'Apec)
2. Garantir la transparence tout au long de la carrière
Affichage obligatoire dans toutes les entreprises du droit à l'information salariale
Réviser les critères de comparaison des postes pour intégrer les compétences non techniques, les conditions de travail et les efforts, afin de mettre en lumière la sous-évaluation des métiers à prédominance féminine
3. Accompagner les petites entreprises sur mesure
Les TPE-PME ne doivent pas être oubliées :
Tests de faisabilité spécifiques pour adapter les obligations
Assistance technique, outils et formations pour les entreprises de moins de 250 salariés
Rôle renforcé des branches professionnelles pour les très petites entreprises (moins de 10 salariés) : elles deviendraient responsables de l'information salariale et de la révision des classifications
4. Renforcer les contrôles et les sanctions
Identifier clairement une autorité responsable du suivi : confier ce rôle au Haut Conseil à l'égalité avec des moyens renforcés
Augmenter significativement les effectifs de l'inspection du travail, en baisse constante depuis 2017
Mettre en place des sanctions « effectives, proportionnées et dissuasives »
5. Agir sur les causes structurelles
Au-delà de la directive, plusieurs leviers s'avèrent indispensables :
Mieux prendre en compte le temps partiel subi et les interruptions de carrière
Renforcer l'offre de modes de garde et l'attractivité des métiers de la petite enfance
Intensifier la lutte contre les stéréotypes auprès des jeunes
Soutenir les réseaux féminins et le mentorat
Instaurer un suivi annuel des augmentations et promotions par sexe dans les entreprises de plus de 50 salariés.
Éducation : la fracture territoriale se confirme selon le baromètre 2026 de Vers le haut
Le think tank Vers le haut publie ce 3 février 2026 la onzième édition de son baromètre Jeunesse&Confiance, réalisé avec OpinionWay. L'étude met en lumière les profondes disparités territoriales dans l'accès à l'offre éducative entre zones urbaines, rurales et quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV).
Le lycée, révélateur d'une inégalité territoriale croissante
Si l'accès à l'école primaire et au collège semble "relativement similaire selon les territoires", avec respectivement 92% et 89% des parents estimant y avoir facilement accès, le fossé se creuse significativement au niveau du lycée. Seuls 65% des parents ruraux estiment avoir un accès facile au lycée, contre 82% chez les urbains, soit un écart de 17 points.
Cette perception rejoint une réalité géographique documentée par l'Insee et la direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (Depp) du ministère de l'Éducation nationale : les lycées français se concentrent massivement dans les espaces urbains, avec huit établissements sur dix implantés en zone urbaine et quatre sur dix dans les communes urbaines très denses. Paris, Lyon et Marseille accueillent à elles seules 81 des 100 lycées les moins éloignés du pays.
Pour les jeunes ruraux, les conséquences sont concrètes. Selon l'Insee, la quasi-totalité des lycéens ruraux parcourent en moyenne 24 kilomètres pour se rendre au lycée, contre des distances bien moindres pour leurs homologues urbains. Cette réalité géographique influence directement les choix d'orientation : de nombreux élèves ruraux privilégient des formations courtes (CAP, BTS) et par apprentissage, davantage par souci de rester à proximité de leur lieu de naissance que par manque d'ambition.
Des ressources éducatives inégalement réparties
Au-delà de l'infrastructure scolaire, le baromètre 2026 révèle des écarts préoccupants dans l'accès aux ressources d'accompagnement éducatif et psychologique. Seuls 36% des jeunes ruraux et 40% de ceux habitant une petite ville estiment avoir accès facilement à des lieux d'écoute et d'aide pour les jeunes en difficulté scolaire.
Ce chiffre contraste fortement avec celui des grandes villes (56%) et révèle un paradoxe : les quartiers prioritaires de la politique de la ville affichent le meilleur score avec 64% d'accès perçu comme facile. Cette situation s'explique par les politiques publiques volontaristes déployées dans les QPV, notamment à travers les Cités éducatives qui offrent un cadre de coopération stratégique pour les acteurs éducatifs et développent des dispositifs d'accompagnement renforcés.
Les zones rurales souffrent quant à elles d'une pénurie aiguë de professionnels de la santé mentale. Les jeunes ruraux doivent souvent parcourir de longues distances pour accéder à des soins spécialisés, avec des contraintes de temps et des coûts associés importants. Le manque de confidentialité dans les petites communautés peut également dissuader certaines personnes de chercher de l'aide par peur du stigmate social.
Le décrochage aspirationnel des jeunes ruraux
Cette inégalité d'accès aux ressources éducatives contribue à un phénomène identifié par les chercheurs : le "décrochage aspirationnel" des jeunes ruraux. Un sondage Viavoice cité dans une intervention récente montre que seulement 18% des jeunes ruraux issus de familles socialement défavorisées estiment être capables d'intégrer un jour une grande école, contre 37% des urbains défavorisés, soit le double.
Ces chiffres révèlent que les inégalités territoriales se superposent aux inégalités sociales et les amplifient. Des populations de familles modestes en ville ont deux fois plus d'aspirations académiques que des familles modestes à la campagne. Cette autocensure s'explique en partie par l'éloignement des centres de formation et d'emploi de la ruralité, concentrés en milieu urbain, mais également par le manque d'informations des élèves sur leurs opportunités de poursuite d'études ou d'emploi.
Des initiatives pour réduire les fractures
Face à ces constats, plusieurs dispositifs tentent de réduire les inégalités territoriales. Le programme "Territoires éducatifs ruraux" vise à combler l'écart scolaire entre ruralité et centres urbains en renforçant l'accompagnement et l'information sur l'orientation. Les Cités éducatives, plébiscitées dans les QPV, développent des compétences psychosociales et renforcent la santé mentale dès le plus jeune âge.
Des innovations émergent également en milieu rural. La Maison des Ados des Ardennes a déployé un "bureau mobile" avec une équipe itinérante comprenant une psychologue qui assure des consultations gratuites dans les zones éloignées, illustrant une prise en compte des jeunes même dans les territoires isolés.
L'offre éducative locale au cœur du débat public
En cette année d'élections municipales, le thème de l'offre éducative locale s'impose comme un enjeu majeur. Les communes peuvent devenir de véritables moteurs éducatifs, au-delà de leur simple rôle de gestionnaires. Le baromètre 2026 de Vers le haut interroge précisément l'impact de cette offre éducative locale sur le bien-être des enfants, des familles et le parcours des jeunes.
Les questions soulevées par le think tank résonnent particulièrement dans le contexte actuel : où vit-on quand on a accès à des ressources éducatives de proximité ? Les territoires savent-ils mobiliser l'envie d'engagement des jeunes ? Quels acteurs comptent vraiment dans l'écosystème éducatif local ?
Vers une approche territorialisée de l'éducation
Les données du baromètre 2026 confirment que l'égalité des chances éducatives ne peut se concevoir sans une réponse adaptée aux réalités territoriales. Si les zones urbaines denses bénéficient d'une concentration de ressources, les territoires ruraux et les petites villes nécessitent des politiques publiques spécifiques : développement de la télémédecine pour pallier l'absence de spécialistes locaux, renforcement des équipes mobiles, attractivité accrue pour les professionnels de l'éducation et de la santé mentale, et surtout une meilleure information sur les parcours d'orientation possibles.
Les QPV démontrent que des politiques volontaristes peuvent inverser la tendance et transformer l'accès aux ressources éducatives. Reste à savoir si les pouvoirs publics sauront déployer une ambition comparable pour les millions de jeunes qui grandissent loin des centres urbains, afin que la géographie ne soit plus un facteur déterminant dans la réussite éducative.
Les Hauts-de-France : dix ans de diplomatie économique couronnée de succès ?
Fin janvier 2026, la région Hauts-de-France dresse un bilan particulièrement encourageant de sa stratégie d'attractivité internationale. Avec près de 1 500 projets d'investissements étrangers accompagnés depuis 2016, le territoire s'impose comme une destination de choix pour les entreprises internationales.
Entre 2016 et 2025, ces investissements ont généré plus de 62 000 emplois dans la région, témoignant d'une dynamique économique soutenue portée par Nord France Invest (NFI) et Business France. Cette performance place les Hauts-de-France au troisième rang national des régions les plus attractives, derrière l'Île-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes, et au deuxième rang pour les emplois créés.
Une stratégie gagnante centrée sur trois secteurs clés
L'industrie arrive largement en tête avec 27 000 emplois créés sur la décennie, suivie du tertiaire (19 000 emplois) et de la logistique (11 000 emplois). Cette prédominance industrielle distingue la région à l'échelle européenne : avec 50 projets industriels en 2024, les Hauts-de-France se classent au 7ème rang européen pour l'accueil d'investissements industriels étrangers.
La diversité géographique des investisseurs témoigne du rayonnement international de la région. Les acteurs belges (16%), allemands (15%), américains (12%) et britanniques (11%) figurent parmi les principaux contributeurs. Un tiers des emplois et un quart des projets proviennent même de pays non-européens, soulignant l'attractivité globale du territoire.
Des projets majoritairement à taille humaine
Une caractéristique notable de cette dynamique : sept projets sur dix génèrent moins de 50 emplois, avec une taille moyenne de 27 emplois par projet en 2024. Cette statistique illustre la capacité de la région à attirer aussi bien des PME et ETI que de grandes multinationales, créant ainsi un tissu économique diversifié et résilient.
Parmi les implantations récentes, le belge Agristo a investi à Escaudœuvres dans une nouvelle unité de transformation de pommes de terre créant 105 emplois, tandis que le danois Maersk a ouvert une plateforme logistique à Denain avec 100 créations de postes. Le sud-coréen Enchem a également choisi Dunkerque pour installer une usine de production d'électrolyte, également génératrice de 100 emplois.
L'émergence spectaculaire de la "vallée de la batterie"
La période 2021-2023 a marqué un tournant historique avec un "record" de créations d'emplois dépassant 8 000 par an, principalement porté par l'émergence d'une filière complète de production de batteries électriques. Cette dynamique s'inscrit dans une ambition claire : faire des Hauts-de-France la "vallée européenne de la batterie".
Quatre gigafactories structurent désormais ce nouvel écosystème industriel. À Douvrin-Billy-Berclau, l'usine Automotive Cells Company (ACC) a démarré sa production en 2023 avec une capacité de 24 GWh et 2 000 emplois directs prévus. À Douai, Envision AESC produira 20 GWh et créera 1 200 emplois directs.
À Dunkerque, deux projets majeurs se distinguent : Verkor a inauguré sa gigafactory en décembre 2025 avec une capacité de 16 GWh extensible à 50 GWh d'ici 2030, et le taïwanais ProLogium prépare une usine de 48 GWh avec un investissement colossal de 5,2 milliards d'euros et 3 000 emplois directs attendus.
Au-delà de la production, la région développe également une filière complète de recyclage. La start-up Battri mettra en service sa première ligne de traitement à Saint-Laurent-Blangy près d'Arras en mai 2025, avec une capacité de 15 000 tonnes de batteries en fin de vie, doublée fin 2026.
Les atouts d'un territoire attractif
Pour séduire les investisseurs internationaux, les Hauts-de-France misent sur plusieurs leviers stratégiques : une politique volontariste de formation via le projet Electro'Mob qui vise à former 17 000 personnes d'ici 2030 aux nouveaux métiers de la batterie, des aides financières substantielles, un accès facilité au foncier industriel, et une stratégie ambitieuse alliant réindustrialisation et transition écologique à travers l'ambition "rev3".
L'infrastructure régionale constitue un atout décisif : proximité des usines automobiles du nord de l'Europe, accès aux réseaux de transport maritimes via les ports de Dunkerque et Calais, disponibilité d'électricité bas-carbone, et présence d'un écosystème industriel historique en reconversion.
Une stabilisation après le boom
Depuis 2024, la tendance est toutefois à la "stabilisation" en raison de la prudence accrue des investisseurs dans un contexte économique international complexe. En 2024, la région a accueilli 191 projets d'investissements directs étrangers générant 5 216 emplois créés et maintenus selon Business France, puis 101 projets créant 4 524 emplois selon le baromètre EY, soit le total le plus faible depuis 2020 mais encore la troisième meilleure performance des vingt dernières années.
Cette décélération s'explique notamment par l'achèvement de la vague exceptionnelle des gigafactories. Néanmoins, Luc Doublet, président de Nord France Invest, affiche un optimisme mesuré : "On a explosé le nombre de visites d'investisseurs en 2025 par rapport à l'année précédente. Les gens viennent, il y a du flux." L'agence traite actuellement 140 projets d'investissements étrangers, laissant présager une activité soutenue pour les prochaines années.
Perspectives d'avenir
Les Hauts-de-France démontrent qu'une région peut réussir sa reconversion industrielle en capitalisant sur son héritage manufacturier tout en se positionnant sur les technologies d'avenir. La création d'un écosystème complet autour de la mobilité électrique, de la production au recyclage, illustre une vision stratégique de long terme portée conjointement par les acteurs publics et privés.
Si les défis persistent – coût de la main-d'œuvre, concurrence européenne accrue, délais administratifs –, la région dispose désormais d'atouts solides pour poursuivre son attractivité internationale et consolider sa position de territoire industriel innovant au cœur de la transition écologique européenne