Les Actualités MEDEF HDF Emploi-Formation
Jeudi 15 JanNégociation sur l'assurance chômage : les hostilités reprennent dans le flou
La réunion du 7 janvier entre organisations patronales et syndicales sur l'assurance chômage devait clarifier le cadre des discussions. Elle a surtout confirmé un diagnostic peu encourageant : le désaccord demeure profond sur presque tous les fronts.
Un calendrier établi, mais des fondamentaux en suspens
Première bonne nouvelle : un agenda a enfin été fixé. La négociation s'étendra jusqu'au 25 mars, soit deux mois de plus que prévu initialement, avec huit séances organisées en deux volets parallèles. Le premier portera sur les contrats courts (28 janvier, puis 11, 19 et 25 mars), le second sur les ruptures conventionnelles individuelles (RCI), dès le 15 janvier, puis aux mêmes dates que le premier volet.
Mais cette avancée logistique ne saurait masquer les contentieux substantiels qui menacent la viabilité même de ces discussions. « On n'y voyait pas clair avant, on n'y voit pas plus clair après », résume Jean-François Foucard de la CFE-CGC, en réalité l'état d'esprit dominant des participants à cette réunion.
Un ultimatum gouvernemental sur les contrats courts
Le patronat conditionne purement et simplement son engagement sur la question des contrats courts à un préalable : l'agrément rapide de l'avenant bonus-malus signé le 7 juillet 2025. Sans cette signature du gouvernement d'ici au 15 janvier, les quatre séances consacrées à ce thème pourraient ne jamais se tenir.
Cette exigence revêt un caractère quasi ultimatif. Hubert Mongon du Medef ne mâche pas ses mots : sans réponse positive sur l'agrément « ici au 15 janvier, on aura du mal à se mobiliser sur l'ouverture d'une nouvelle négociation ». Le patronat demande également le retrait de la lettre de cadrage du gouvernement et la parution du décret concernant l'affiliation des primo-entrants.
Force France Ouvrière, qui avait particulièrement insisté pour que les contrats courts figurent à l'ordre du jour, ne peut qu'attendre la réaction de l'exécutif. La balle est clairement dans le camp gouvernemental.
Un périmètre des débats explosif
Là où les tensions montent vraiment, c'est sur la portée même des négociations consacrées aux RCI. Pour les syndicats, il s'agit de traiter exclusivement de la question des ruptures conventionnelles. Le patronat, lui, a une tout autre vision.
Le Medef vise une refonte bien plus large : indemnisation post-RCI, conditions d'entrée et règles d'indemnisation, régimes spécifiques (indépendants, intermittents du spectacle, frontaliers), et autres sujets conjoncturels comme les indus. En clair, tout ce qui touche à l'assurance chômage pourrait se trouver sur le tapis.
Cette stratégie d'élargissement du débat horrifie les organisations syndicales. Denis Gravouil de la CGT y voit une « intention délibérée de bordéliser en ramenant tous les sujets de conflit sur la table ». Michel Beaugas de FO est catégorique : son organisation n'ira « sur aucun des points qui dépassent les seules RCI ». La CFDT, plus modérée, qualifie ces ambitions de « hors sujet », rappelant d'ailleurs qu'une convention d'assurance chômage est déjà en vigueur jusqu'en 2028.
Autant dire que la séance du 15 janvier, censée déboucher sur un cadre de négociation, s'annonce extrêmement tendue.
Les équations financières et juridiques restent non résolues
Comme si ces divergences ne suffisaient pas, d'autres éléments clés demeurent non résolus. Sur le plan financier d'abord : les syndicats en restent aux 400 millions d'euros demandés par le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou, tandis que le patronat maintient son exigence d'au moins un milliard d'euros d'économies. Statu quo total. La CFDT le confirme sobrement : « À ce stade, il n'y a pas d'objectif en termes de trajectoire financière ».
Sur la forme juridique ensuite : le Medef et la CPME ne parlent que d'un simple avenant à la convention existante, non d'une renégociation complète. Un point technique, certes, mais qui révèle déjà la volonté patronale de limiter sa propre exposition.
Verdict : flou épaissi
Au soir du 7 janvier, plutôt que de s'éclaircir, le brouillard s'est épaissi. Michel Beaugas, de Force Ouvrière, reconnaît lui-même que l'issue positive semble « mal engagée ». Entre un gouvernement devant trancher sur l'agrément de l'avenant, un patronat qui veut transformer la négociation en grand débat sur l'assurance chômage, et des syndicats en mode défensif, la route vers un accord s'annonce semée d'embûches.
Les trois prochaines semaines porteront le diagnostic : la réaction gouvernementale sur l'avenant bonus-malus et la séance du 15 janvier sur les RCI diront si les négociations peuvent réellement progresser, ou si elles ne sont que le théâtre d'une nouvelle bataille perdue d'avance.
L'apprentissage : la nouvelle voie royale de la reprise d'études en France
Le dispositif d'alternance, longtemps perçu comme une simple passerelle vers l'emploi, se transforme en véritable levier de reconversion et de seconde chance pour des centaines de milliers de jeunes. Les données de la dernière enquête du Céreq (communiqué de presse du 13 janvier 2026) révèlent une révolution silencieuse dans les parcours de formation.
Une dynamique inédite
L'enquête 2023 du Céreq auprès de la Génération 2017 dévoile un phénomène de masse sans précédent : le nombre de contrats d'apprentissage signés dans le cadre d'une reprise d'études a été multiplié par trois entre septembre-octobre 2018 et la même période de 2020, passant de 3 000 à 9 000 contrats. Cette progression s'inscrit dans un mouvement de massification plus large, avec 878 600 nouveaux contrats signés en 2024 contre 317 300 en 2018.
Cette transformation s'explique par la réforme de l'apprentissage de 2018 et le plan "1 jeune, 1 solution", qui ont profondément modifié la perception et l'accès à l'alternance. Le plan, doté d'une enveloppe de 6,5 milliards d'euros, a notamment prévu 100 000 nouvelles formations qualifiantes ou pré-qualifiantes pour les jeunes sans qualification ou en échec dans l'enseignement supérieur.
Un public en pleine mutation
Le profil des apprentis en reprise d'études a considérablement évolué. Pour la Génération 2017, 68% des reprises d'études en apprentissage ont lieu plus de trois ans après la sortie du système éducatif, contre seulement 30% pour la Génération 2010. Cette évolution suggère un élargissement des usages de l'apprentissage, désormais mobilisé dans des parcours de reconversion et non plus uniquement dans la continuité immédiate de la formation initiale.
Parallèlement, la part de jeunes issus de l'enseignement supérieur parmi ceux qui reprennent des études en apprentissage a bondi de 30% pour la Génération 2010 à 47% pour la Génération 2017. Cette professionnalisation tardive du parcours supérieur témoigne d'une stratégie de consolidation des compétences et d'adaptation aux besoins du marché du travail.
Des résultats contrastés
Si l'apprentissage gagne en popularité comme voie de reprise d'études, son efficacité en termes d'insertion professionnelle immédiate semble s'atténuer. Le taux de maintien dans l'entreprise formatrice est passé de 27% pour la Génération 2010 à 16% pour la Génération 2017. Ce recul peut s'expliquer par plusieurs facteurs : la diversification des profils d'apprentis, la recherche d'une qualification plutôt que d'un emploi immédiat, ou encore une plus grande mobilité professionnelle des jeunes diplômés du supérieur.
Un million d'apprentis
Au 31 décembre 2024, les centres de formation d'apprentis accueillaient 1 050 000 apprentis, soit une augmentation de 2,8% par rapport à 2023. Les apprentis du supérieur représentent désormais 63% des effectifs totaux, contre 37% pour le secondaire. Cette progression soutenue, même si elle ralentit légèrement (+ 2,8% en 2024 contre + 7,1% en 2023), confirme la place centrale de l'apprentissage dans le paysage éducatif français.
Perspectives
La réforme du financement de l'apprentissage, qui entrera en vigueur progressivement à partir de juillet 2025, devrait encore modifier le paysage. Elle prévoit notamment une participation obligatoire des employeurs pour les contrats de niveaux 6 et 7 (BAC+3 et plus) de 750 € par contrat. Cette mesure vise à responsabiliser les entreprises dans le choix de la formation et à assurer un financement équitable.
L'apprentissage s'affirme ainsi comme une voie de reprise d'études majeure, offrant des solutions adaptées à des publics diversifiés. Toutefois, le défi reste entier : garantir la qualité de la formation et l'efficacité de l'insertion professionnelle dans un contexte de massification accrue.
L'industrie française à la croisée des chemins : quand les promesses de réindustrialisation se heurtent à la réalité
Dix ans après le lancement de sa stratégie de réindustrialisation, la France doit faire face à une réalité moins reluisante que prévu. L'objectif ambitieux d'Emmanuel Macron — porter l'industrie manufacturière à 15% du PIB — s'avère désormais difficile à atteindre, alors que le poids de l'industrie stagne autour des 10%.
Des chiffres qui en disent long
Les indicateurs se noircissent. Avec 68 000 faillites d'entreprises enregistrées au cours des douze derniers mois (fin 2025), le secteur traverse une période critique. En parallèle, 26 500 entreprises ont dû faire appel à l'Association pour la gestion du régime d'assurance des créances des salaires (AGS) en 2025 — un chiffre qui se situe dans les niveaux extrêmement élevés de l'organisme et reflète l'ampleur des difficultés.
Olivier Lluansi, professeur au Cnam et ancien conseiller industrie et énergie à l'Élysée, apporte un diagnostic nuancé des créations d'emplois annoncées. Bien que 100 000 emplois auraient été créés ou sauvegardés entre 2017 et 2023, ce chiffre masque une réalité plus sombre : le rythme réel de création atteint seulement 15 000 emplois annuels, tandis que la destruction actuelle s'élève à 20 000 emplois par an. Depuis six ans, la France perd donc plus d'emplois manufacturiers qu'elle n'en crée.
L'industrie, première victime des défaillances
Symbole de cette dégradation, l'industrie est devenue le premier secteur sur lequel l'AGS intervient — un signe inquiétant de la multiplication des plans de sauvegarde de l'emploi (PSE) à travers le territoire. Antonin Blanckaert, directeur général de l'AGS, attribue partiellement cette situation à l'incertitude politique créée par la dissolution de l'Assemblée nationale en juin 2024, qui a favorisé l'attentisme des entreprises et pesé sur l'emploi.
Les obstacles systématiques
Au-delà des facteurs politiques, des obstacles structurels freinent la réindustrialisation française. Les prix élevés de l'énergie depuis 2022 constituent un handicap majeur, tout comme les chocs géo-économiques liés à la politique tarifaire des États-Unis et à la pression chinoise sur le marché européen.
Un autre frein non négligeable : le retard accumulé en matière de modernisation du socle productif français. Olivier Lluansi souligne que si le programme France Relance avait activé cette modernisation « avec brio », cet accompagnement public s'est largement interrompu avec France 2030, plan d'investissement lancé il y a cinq ans mais dont le financement reste tributaire des discussions budgétaires actuelles.
Des solutions existent, mais restent inappliquées
Malgré ce tableau sombre, l'expert formule un message d'espoir prudent. « Les solutions existent », affirme Olivier Lluansi, même si elles ne produiront leurs effets qu'à moyen terme (minimum 18 mois). Parmi les pistes évoquées : une formation plus proche du terrain et des entreprises, une commande publique davantage patriotique, et une redirection de l'épargne des Français vers l'industrie — une approche déjà testée avec succès pour sauver la Scop Duralex.
Le problème ? « Presque aucune de ces solutions ne sont mises en œuvre », regrette le professeur, « même quand elles n'ont pas d'impact budgétaire ». Cette inaction persiste malgré l'absence de obstacles législatifs ou financiers majeurs dans certains cas.
Vers un avenir d'arbitrages difficiles
Face aux enjeux à court terme, les futurs gouvernements devront accepter que « tout ne sera pas sauvable » en matière de défaillances d'entreprises. La réindustrialisation française ne sera pas une fatalité : elle sera le fruit de choix stratégiques clairs, d'une volonté politique forte et d'une mise en œuvre résolue des solutions disponibles. Le temps des promesses semble révolu ; celui des actes doit commencer.